Acteur, metteur en scène et réalisateur, Gérard Jugnot est de retour au THV mardi soir, pour Cher Trésor, la dernière pièce écrite et mise en scène par Francis Veber. Pour l’occasion, il endosse le costume d’un personnage aussi connu au cinéma qu’au théâtre : François Pignon. En tournée depuis quelques jours, Gérard Jugnot a répondu à nos questions :
Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la pièce Cher Trésor ?
C’est une pièce nouvelle, écrite par Francis Veber, un grand auteur de comédies à qui l’on doit beaucoup de choses : L’Emmerdeur, Le Dîner de con, La Chèvre, Le Grand Blond, Le Placard...
Dans Cher Trésor, je reprends le personnage de François Pignon. Francis Veber écrit à chaque fois un « François Pignon » différent. S’il y a des liens de parenté entre celui qui est joué par Pierre Richard, Daniel Auteuil ou encore Jacques Villeret, chaque histoire pour chaque pièce ou film est ensuite totalement indépendante. Le rôle de François Pignon est multiple.
Dans Cher Trésor, François Pignon s’invente un stratagème pour essayer d’exister auprès de son entourage. Il est le gardien temporaire du très bel appartement de son parrain, un homme assujetti à un contrôle fiscal. François Pignon a alors l’idée de demander à son tour un contrôle fiscal, alors qu’il est chômeur et qu’il n’a rien, pas un sou. Son stratagème fonctionne mais fait totalement basculer sa vie. Il se retrouve, au fur et à mesure, pris à son propre piège. C’est un peu comme dans Le Placard (avec Daniel Auteuil), où François Pignon se fait passer pour homosexuel pour ne pas être viré et tombe dans une forme d’engrenage.
Qu’est-ce que ça vous à fait d'entrer dans la peau de François Pignon ?
C’est d’abord un honneur, une fierté, parce qu’il y a eu des Pignon historiques. Mais je trouve que c’est plutôt Pignon qui est entré dans ma peau. Je pense que ce sont les acteurs qui accueillent ce personnage et qui le transforment : Daniel Auteuil, Gad Elmaleh, Pierre Richard, Jacques Villeret… ce sont des prédécesseurs illustres et je suis très fier de ça !
Ce qui est drôle, c’est que Francis Veber est totalement obsédé par les « François », pas par notre présedent d’ailleurs, mais il s’appelle Francis, sa sœur s’appelle France, sa femme s’appelle Françoise, son héros s’appelle François. C’est presque étrange ce côté "France" !
Parmi les autres François Pignon, est-ce qu’il y en a un qui vous a particulièrement marqué ?
C’est vrai que le personnage de Jacques Villeret (dans Le Dîner de con) était excellent. Mais en même temps, il ne faut pas se laisser impressionner par l’idée que ça ait déjà été formidablement joué. Tout d’abord ce n’est pas le même rôle, c’est ce qui est justement intéressant. C’est un peu comme si vous êtiez impressionné par l’idée de reprendre Tartuffe parce que Jouvet l’avait joué… Je me dis que j’ai ma personnalité et que la pièce est très différente des autres. Chaque fois, c’est nouveau et c’est tout l’intéret.
Comment est-ce de travailler avec Francis Veber ?
C’est la première fois que je travaille en direct avec lui (Gérard Jugnot a déjà joué dans On aura tout vu et Fantôme avec chauffeur, films écrits par Francis Veber). Ca a été pour moi un grand plaisir car il a également fait la mise en scène de Cher Trésor. On a eu une très belle collaboration, pleine de courtoisie et d’humour. Je dois dire que je suis très heureux, au stade de ma vie et de ma carrière, de faire également des rencontres humaines.
Une pièce de théâtre, c’est pour moi un coup de cœur. Cela nécessite plus d’investissement encore que pour le cinéma. Avec Cher Trésor, on est en tournée pour 60 dates, après on va jouer à Paris, j’espère au moins 100, 150 fois. Si vous n’avez pas le coup de cœur, si vous n’avez pas la bonne troupe, ça peut devenir très hasardeux. J’ai passé l’âge de ne pas avoir de plaisir dans mon métier. J’ai la chance de faire un métier qui me passionne, d’avoir encore la pêche pour le faire. Si ça devient peinible, qu’il n’y a, en face, pas de rire, pas d’émotion, pas d’intérêt, ce n’est pas la peine.
C’est le tout début de la tournée. Quelles sont les premières réactions du public ?
Les gens rient et apprécient beaucoup la pièce. Il faut savoir que ce n’est pas un vaudeville avec des successions de vannes. C’est une pièce très aboutie, jubilatoire, avec une construction formidable. Ce qui me plait beaucoup aussi, c’est que c’est une pièce de troupe. Dernièrement, j’ai joué Le Paquet, un monologue de Philippe Claudel, une œuvre très confidentielle. C’était passionnant à faire, mais avec Cher Trésor, je retrouve le plaisir de la troupe, avec Alexandra Vendernoot, Michèle Garcia, Philippe Beglia, Eric Le Roch, Irina Ninova et Claude Brécourt. Au-delà de François Pignon qui est présent tout le temps sur scène, tous les autres rôles sont importants. Ce sont vraiment sept personnages, avec des degrés de présence divers, mais ils sont formidablement bien écrits. On sent que c’est un vrai bonheur pour tout le monde. Ca me fait plaisir parce que je viens d’une troupe et je n’ai pas envie d’être tout seul... je veux que tout le monde soit heureux sur scène !
Entre le cinéma et le théâtre, quelles différences dans la façon d’aborder vos rôles ?
Le théâtre est un travail plus important sur la mémoire, sur les répétitions. On travaille énormément. Au cinéma, on essaie de capter les choses plus vivement. J’adore le vin, je vais donc faire une comparaison avec le vin. Le cinéma, c’est un peu sur le fruit, quelque chose d’instantané. Alors que pour le théâtre, il y a de la maturation, les choses s’installent dans la durée.
Au cinéma, on peut obtenir des choses plus précises, puis les fixer par le travail du montage : on peut ainsi arranger beaucoup de choses, prendre le bout d’une scène, puis d’une autre et faire quelque chose de cohérent en partant de l’idée que vous avez en tête. Au théâtre, non. C’est un parcours. On part pour une heure et demie et c’est vraiment ce qui est très excitant.
Une préférence entre les deux ?
Ce sont deux plaisirs très différents. Au théâtre, on est payé tout de suite, comptant : il y a les rires, les applaudissements, les silences aussi. D’ailleurs, ce que j’aime beaucoup dans la pièce Cher Trésor, c’est qu’il y a à la fois beaucoup de drôlerie, des répliques qui font mouche, des situations formidables et une histoire à raconter. Mais il y a aussi des petits moments de silence où les gens se disent : « C’est pas con, ça dit de belles choses ». Je ressens ces choses-là. A une époque, pour moi, il fallait que ça rigole tout le temps. Maintenant, j’aime les pièces où il y a à la fois de la comédie et des moments de réflexion.
Vous avez déjà été plusieurs fois en tournée, notamment au Havre. Est-ce un rythme qui vous convient ?
L’avantage des tournées – et c’est aussi ça qui me plait - c’est qu’on a le temps de voir, de visiter, de se promener. Dans ma vie de fou à Paris, entre la promotion, l’écriture, la préparation d’autres projets et les représentations théâtrales le soir, je n’arrête pas. La tournée est beaucoup plus agréable, simplement parce qu’on a du temps. On peut lire, aller au cinéma, voir les choses et des gens différents. C’est assez excitant d’arriver avec ce gros camion, comme les baladins à l’ancienne, et d’apporter un truc qui fait plaisir aux gens. Hier lors de la représentation, la salle était bondée, les gens étaient très heureux de nous voir, et de voir qu’on se déplace pour eux.
Cher Trésor, le mardi 2 octobre à 20 h 30, au Théâtre de l'Hôtel de Ville. De et mis en scène par Francis Veber, avec Gérard Jugnot, Alexandra Vendernoot, Michèle Garcia, Philippe Beglia, Eric Le Roch, Irina Ninova et Claude Brécourt.
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