Près de 8 000 dessins et manuscrits naturalistes composent la collection Lesueur, baptisée ainsi du nom de son principal auteur, Charles-Alexandre Lesueur.
Il naît au Havre à la fin du 18e siècle (1778) et mène une vie peu commune : différentes rencontres et circonstances l'entraînent vers l'Australie (Voyage aux Terres Australes de Nicolas Baudin) puis aux Etats-Unis (parti pour un contrat de 2 ans, il s'y installe pour 21 ans). Il ne néglige pas pour autant la France voyageant jusqu'à la Côte-d'Azur et privilégiant tout particulièrement la région havraise.
Le don d'une partie de ses collections confirme la Ville du Havre dans son souhait de fonder un Muséum d'histoire naturelle et le nomme premier conservateur en 1845. La collection Lesueur est une des rares collections du Muséum du Havre à avoir été sauvée des bombardements de septembre 1944. Elle bénéficie, depuis septembre 2007, d'un "Cabinet de dessins" permettant de présenter les dessins originaux en rotations trimestrielles.
Les intérêts multiples de la Collection Lesueur
Les historiens y trouveront de précieux éléments concernant le Voyage aux Terres Australes, expédition scientifique de Bonaparte, menée par le capitaine Nicolas Baudin. Au temps où l'Occident se demandait si l'Australie était vraiment une seule et même île.
Les naturalistes y découvriront des descriptions et des dessins de très nombreuses espèces animales inconnues au début du 19ème siècle. Tous les groupes zoologiques sont représentés.
Les ethnologues trouveront témoignage des populations australienne et tasmanienne avant les incursions de la colonisation européenne grâce aux dessins de Nicolas-Martin Petit
Les géologues normands étudieront avec Lesueur une des premières représentations géologiques (stratigraphie et paléontologie) du Cap de la Hève, cette falaise située à l'embouchure de la Seine, le "bout du monde" des Havrais.
Les artistes et amateurs en tous genres trouveront dans cet ensemble une grande qualité d'exécution, du croquis au crayon à l'aquarelle sur vélin… Un plaisir démultiplié par une observation à la loupe, instrument avec lequel Lesueur travaillait pour la précision !
Devant l'intérêt de cette collection, une étude globale s'imposait. Après plusieurs tentatives d'inventaire (Leland et Vail, voir les Annales du Muséum du Havre n°29, 1984, p.6 à 17), Jacqueline Bonnemains, conservateur de la collection Lesueur pendant 25 années, a dressé l'inventaire exhaustif des milliers de documents, préalable indispensable à une bonne conservation et à la mise en valeur de cet ensemble.
La valeur de ces documents n'avait cependant pas échappé à des spécialistes français, australiens et américains pendant les précédentes années, parmi lesquels nous pouvons citer :
- les conservateurs du Muséum, Gustave Lennier (de 1859 à 1905), Adrien Loir (de 1910 à 1939) et André Maury (de 1940 à 1982), grâce auquel la collection a été sauvée des bombardements de septembre 1944 ;
- le docteur E.T. Hamy du Muséum national, qui étudia une partie de cette collection (1896, 1904) ;
- Edouard Herriot, et son admiration pour le travail de Lesueur : "Avec Lesueur, Le Havre nous a peut être donné notre plus grand poète de la mer"…(La Porte Océane, 1932) ;
- aux Etats-Unis, signalons les travaux de Georges Ord (1849), Waldo G.Leland (1923 et 1925), Robert G.Vail (1938), Gilbert Chinard (1949), Albert Krebs (1951) et Josephine M.Elliott (1969, 1976 et 1999) ;
- en Australie, se sont penchés sur la collection Ernest Scott (1910 et 1913), B.S. Baldwin (1963 et 1965), Phyllis Mander Jones (1965) et John Dunmore (1965 et 1969), Helen Mary Micco (1971).
Actuellement, de très nombreux contacts sont établis avec des chercheurs australiens et américains, qui n'hésitent pas à effectuer les kilomètres nécessaires pour venir travailler sur les documents originaux. Au-delà bien sûr des nombreux contacts pour reproduction dans des ouvrages et vidéos, qui prouvent à l'évidence l'intérêt grandissant pour cet exceptionnel ensemble.
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