L'abbaye de Graville abrite depuis plusieurs décennies une curieuse collection de maquettes appelées « les maisons Gosselin ». Son auteur, Jules Gosselin, spectateur attentif de l'Exposition Universelle de 1889, fut émerveillé par la section sur l'habitation urbaine, conçue par Charles Garnier.
Ce sera une source d'inspiration privilégiée, une base de l'œuvre à laquelle ce jeune rentier va consacrer sa vie : "une histoire rétrospective de l'habitation humaine" en 206 maquettes, toutes réalisées dans un matériau simple et dont le volume ne dépasse pas le mètre cube. L'ensemble comprend 70 maquettes illustrant la Normandie; 29 sont consacrées à d'autres régions de France; 39 aux civilisations disparues; 65 à des pays ou contrées étrangers; enfin 3 s'intéressent à l'histoire des sciences.
Cette réalisation est très influencée par le romantisme et ses prolongements, l'exotisme et le régionalisme. Ce n'est pas le régionalisme politique mais celui qui se développe à la fin du XIXe siècle à travers les différentes sociétés savantes. Dans cette optique, il était également naturel que Gosselin donne une place de choix à l'exotisme géographique et historique. Gosselin fait de la période médiévale son époque de prédilection et développe cet intérêt vers les civilisations disparues.
La démarche n'a pourtant rien à voir avec l'archéologie scientifique qui était en train de se développer. Jules Gosselin est un homme du XIXe siècle qui découvre les expositions universelles. Cette attirance pour les pays nouvellement colonisés comme pour les rétrospectives historiques laisse aussi apparaître l'image d'un homme marqué par le positivisme sociologique de son époque.
Pour bâtir son œuvre, Gosselin se heurte pourtant à un obstacle de taille : il n'a jamais voyagé. Aussi s'inspire-t-il, outre de Charles Garnier, de Viollet le Duc, de revues comme "Le Tour du Monde", d'albums sur les pays étrangers, de lithographies... Il serait hasardeux de restaurer des maisons en prenant comme source unique les maquettes de Gosselin. A travers les œuvres de Gosselin, c'est une partie des mentalités du XIXe siècle qui nous apparaît.
Maison natale de Jules Gosselin
Jules Gosselin est né en 1863 à Gonneville-la-Mallet dans le Pays de Caux. Selon les chroniqueurs, c'est en reproduisant sa maison natale que lui serait venue la passion pour la réalisation de maquettes. Cette maison est typique des maisons du Pays de Caux construites en pierre et silex et à pans de bois. Cette réplique fidèle comporte deux bâtiments distincts. Le bâtiment de droite est à trois niveaux. Le rez-de-chaussée construit en blocage de brique abrite le cellier. Le 1er étage est fait de pierre et silex alternés, les encadrements des baies sont en pierre de taille. Le 2e étage est à pans de bois. Seule une fenêtre perce ce niveau. Le toit était en chaume comme beaucoup de maisons rurales à cette époque et a été recouvert d'ardoises au XIXe siècle.
Cette maison faisait partie d'un ensemble beaucoup plus important comprenant en outre un pressoir, des écuries, deux chartières, une étable, un cellier, des greniers. Elle était entourée d'un verger. L'ensemble était clos par un triple fossé planté d'arbres. Sur l'histoire de cette ferme peu de choses sont connues si ce n'est qu'elle fut partagée le 27 germinal an X entre les trois frères Andrieu alors propriétaires, famille dont était originaire la mère de Jules Gosselin.
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2 Commentaire(s) sur cet article
Merci pour vos compliments sur cette belle exposition qui a connu une très grande affluence et beaucoup fait parlé d’elle dans tout l’hexagone. Nous prenons en compte vos remarques pour d’autres événements.
après la visite de l'exposition, j'ai été déçu de trouver les maquettes dans cadre non approprié, une salle plus grande aurait été préférable. néanmoins belle exposition sur le Bosphore