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L'appartement témoin Perret

Visite dans l'appartement Perret

Un appartement témoin est reconstitué au premier étage d’un immeuble sans affectation individuelle ou immédiate (ISAI), conçu par l’atelier Perret à partir de 1946.

Cet appartement permet de découvrir les aménagements proposés par l’atelier pour reloger les habitants : double orientation, ensoleillement optimal, cuisine et salle de bains intégrées, vide-ordures, chauffage collectif à air pulsé. Le mobilier choisi fait référence aux aménagements des appartements types présentés pendant la reconstruction (entre 1945 et 1955) et destinés aux sinistrés havrais. Ainsi, la salle à vivre comprend du mobilier de René Gabriel, la chambre des parents, un ensemble d’André Beaudoin, la chambre des enfants, des meubles de Marcel Gascoin. Ce mobilier produit en série, à l’origine du design, mérite d’être redécouvert pour sa rationalité et son exécution soignée. L’origine des « Trente Glorieuses » est ici relatée à travers les objets du quotidien : réfrigérateur, gazinière, auto-cuiseur, aspirateur, lave-linge mais aussi tourne-disque, machine à écrire, vêtements, journaux et revues plongent le visiteur dans une époque ayant nourri le style de vie que nous connaissons aujourd’hui.

Un idéal d'habitat

L’appartement témoin Perret, remis en l’état d’origine, est conforme aux plans et aménagements présentés par Auguste Perret à Paris en 1947 puis au Havre en 1949 : ouvert au public pendant deux semaines, ce premier appartement type accueille in situ près de 20 000 Havrais qui contemplent ce tout premier logement de la « ville neuve », après cinq longues années d’attente. Hormis le travail de reconstitution à l’identique, une véritable enquête fut menée, les intérieurs reconstruits n’ayant pas fait, jusqu’alors, l’objet d’étude spécifique.

Le mobilier

René Gabriel, précurseur du « meuble de série »

Le cas de René Gabriel (1890-1950) est celui d’un « décorateur » atypique. S’il s’intéresse à la production industrielle depuis ses débuts, son approche spécifique du meuble de série débute véritablement entre 1935 et 1938 alors qu’il dévoile au Salon des arts ménagers des meubles en chêne, aux lignes extrêmement sobres. Ses modèles, composés d’éléments en bois supportés par une structure tubulaire métallique, préfigurent les meubles superposables et juxtaposables. En 1945, il s'oriente ensuite vers le mobilier pour sinistrés. La simplicité « artisanale » qui le caractérise évoque très directement les principes constructifs architecturaux qui allient économie et solidité. Il n’est donc pas surprenant qu’Auguste Perret fasse appel à René Gabriel en 1946 pour concevoir le mobilier de l’appartement type du Havre. Il donne au style de la reconstruction une base solide, dans une conception modulaire : s’il souligne la robustesse et la structure, sa production reste élégante et tend à concilier souplesse et durabilité. Bien que fonctionnelle et décorative, son œuvre échappe aux classements, n’adhérant ni à l’esthétique minimale des « modernes », ni à l’opulence de la grande décoration française. Ce sens du « juste milieu » permet à Gabriel de s’imposer et d’organiser avec Jean Fressinet une nouvelle section du Salon des arts ménagers consacrée à l’art et la série dans le meuble en 1948 : une date qui marque l’institutionnalisation des principes du design en France. Dès lors, l’influence de René Gabriel et sa conception particulière de la série s’étendent à de nombreux créateurs et aux ensembliers (comme André Beaudoin au Havre) qui sélectionnent ses réalisations pour aménager les intérieurs de leurs clients. Après sa mort, en 1950, son nom désignera un prix attribué aux meubles de série particulièrement innovants.

Marcel Gascoin devient le maître d’un style « IVe République »

Marcel Gascoin (1907-1986) se manifeste quant à lui dans les milieux avant-gardistes. Cet enfant du Havre dit avoir trouvé dans le mobilier de bateaux l’adéquation parfaite du contenant au contenu. Quand le Salon des arts ménagers commence à s’orienter vers l’idée d’une production en série de meubles modernes en 1937, Gascoin se singularise en proposant des étagères et des systèmes de rangements d’une qualité exceptionnelle. Les modèles qu’il diffuse montrent un souci obsessionnel du rangement car l’homme est convaincu, comme la plupart des adeptes du « démeublement », que les placards et les casiers sont des solutions d’avenir. Ses initiatives évoquent également les principes sociaux d’accessibilité financière, car les éléments juxtaposables ou superposables permettent des achats partiels, le meuble pouvant évoluer au fur et à mesure d’acquisitions successives. Tout en trouvant des solutions adaptées à tous les budgets, Marcel Gascoin acquiert une solide réputation de rationaliste et trouve l'une de ses spécialités dans l’économie de place par la combinaison de plusieurs fonctions dans un même meuble. Il reprend ainsi les fauteuils Airborne (conçus pour l’aviation) en y ajoutant des accoudoirs démontables pour pouvoir modifier librement la composition d’un salon. Il invente un bureau d’enfant servant à la fois de casier de rangement, de pupitre et de tableau noir, des tabourets réglables en fonction de l’âge, des tables de repas devenant bridge par rotation, des lits gigognes superposables avec coffre intégré, un divan-lit avec tablette escamotable. Cuisine et chambre d’enfant restent des espaces privilégiés pour lesquels il imagine des modèles relayés ensuite par la plupart des revues et ouvrages de décoration. L’organisation rationnelle de ces pièces, à la fois réduites et très sollicitées, évoquent au plus près le fonctionnement actif d’une cabine de bateau.

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1 Commentaire(s) sur cet article

Et des visites spectacles dans l'appartement témoin pour faire revivre les modes de vie au début des années 50. "Pièces de vies" une immersion dans la cuisine d'une parfaite femme au foyer. Infos à la maison du Patrimoine du Havre :02.35.22.31.22