L'Abbaye de Graville, situé à flanc de coteau sur une falaise aujourd’hui morte, domine l’embouchure de la Seine jusqu’à la mer. Il est constitué d’une église et de bâtiments conventuels dont le réfectoire et le cloître ont disparu.
Un cimetière romantique l’entoure, remarquable par quelques sépultures de savants et négociants havrais, ou des stèles de sépultures d’enfants portant des vers de Victor Hugo. Au Sud, des jardins en terrasse épousent les dénivelés. Dominant la ville, y est érigée une monumentale statue de la vierge à l’enfant, appelée « vierge noire » parce qu’elle remplace une autre vierge fondue dans un alliage moins noble devenu noir par corrosion. Ce sont les mères des soldats français qui ont permis sa réalisation en remerciement d’avoir épargné la ville pendant l’invasion Prussienne de 1870.
Au début du XXe siècle, l'abbaye abrite les collections lapidaires et archéologiques du musée de la ville. Restauré après les bombardements de 1944, il rouvre au public en partie en 1952. L’ensemble est aujourd’hui classé au titre des Monuments Historiques.
L'abbatiale
L’église de l'abbaye appartient au groupe des églises romanes normandes à deux étages. La façade, initialement à deux tours, a été très modifiée par rapport à son plan d’origine. Pendant la guerre de cent ans, la tour Nord a été partiellement détruite pour éviter qu’elle ne serve de site d’observation aux Anglais, quant à la tour Sud, elle a totalement disparu pendant les guerres de religion. Le grand portail Ouest a été édifié en retrait.
Construite en pierre de Caen, l’église est bâtie selon les règles de la construction romane : ouverture en plein cintre, hauteur limitée des murs. On y observe plusieurs pierres sculptées, placées de manière aléatoire, un escalier et une porte aménagés dans ce qui était à l'origine de simples fenêtres. Elle n’est pas sans rappeler certaines églises de Basse-Normandie, en particulier celle de Thaon dont les éléments sculptés sont similaires à ceux inclus dans le mur extérieur du transept Nord. La nef, à unique vaisseau central à six travées bordé de bas côtés est, sans conteste, l’élément le plus remarquable. Son élévation est caractéristique du XIe siècle avec deux niveaux de fenêtres. Les piles fortes et les piles faibles, ornées de chapiteaux sculptés, véritable catéchisme, se succèdent en alternance. Le transept, également du XIe siècle, présente un système d’arcatures entrecroisées. A la croisée, bordée d’arcs outrepassés à décors géométriques spécifiques de l’art roman normand, s’élève une ancienne tour lanterne, aujourd’hui beffroi. Elle comporte des baies gémellées sur deux niveaux.
Le chœur gothique, à trois vaisseaux et deux travées, date du XIIIe siècle, son chevet est droit. Repris au XIXe siècle puis au XXe siècle, il abrite un sarcophage de la fin de l’époque antique, connu pour être celui de Sainte-Honorine. L'extérieur comporte deux séries de six arcs brisés, provenant de l'entrecroisement de cinq arcs en plein cintre que l'on retrouve sur les murs pignons et gouttereaux des deux transepts, ainsi qu'une série de modillons sculptés de grotesques que l'on retrouve au-dessus des fenêtres de la nef.
Le bâtiment
Jusqu'à la Révolution, il y avait deux églises en une : dans le chœur, l'église de l'abbaye séparée par une grille et dans le transept l'église paroissiale. Au XVIIe siècle, un retable est dressé dans le chœur. Au XIXe siècle, l'église et plus spécialement la croisée du transept sont restaurées dans l'esprit de Viollet-le-Duc par l’architecte Charles Louis Fortuné Brunet-Débines, le chœur est alors meublé d'un autel néo-gothique. Classée monument historique en 1850, l'église, et particulièrement son chevet, est gravement endommagée en 1944. Après restauration, la nef et le transept sont rouverts en 1982, puis le chœur quelques années plus tard. En 1996, c'est le retable polychrome du XVIIe siècle qui est restauré et remonté.
Les premiers bâtiments conventuels attestés sont construits à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle par Guillaume Mallet de Graville, descendant de Guillaume Mallet, compagnon de Guillaume le Conquérant. Ces bâtiments ont été en partie démolis. Des traces subsistent dans la salle capitulaire.
Les constructions en sous-sol datent du XIIe et XIIIe siècle. Parmi les trois salles, celle située à l’Est a été entièrement remaniée au XXe siècle, la plus grande à l’ouest, servait de cellier. Ce premier niveau en sous-sol est relié au rez-de-chaussée par un escalier en vis-à-vis gothique logé dans les contreforts de la face Sud. Il débouche dans un espace qui devait être à l'origine le chauffoir des religieux. Ce niveau comportait alors, outre la salle capitulaire et une aile Est, un réfectoire et un cloître. La salle capitulaire a été rétablie dans ses proportions originelles avec la fenêtre en ogive donnant sur le cloître et le mur Nord de la salle. Le parement de cette dernière est revêtu d'une arcature en arcs tréflés et de colonnettes, caractéristique de l'architecture normande du XIIIe siècle. Cette salle était à l'origine couverte par une voûte dont on aperçoit encore la trace. L'étage était occupé par le dortoir des religieux dont les murs étaient alors percés de baies en lancettes. Sur la terrasse s’élevait un cloître à double rangée de colonnes comme nous pouvons encore en voir de similaires au Mont-Saint-Michel ou à l’abbaye de Saint-Wandrille.
Les bâtiments conventuels ont été reconstruits au XVIIIe siècle pour être à nouveau partiellement détruits, en 1787, par un incendie. Subsistent aujourd’hui de cette période, la salle capitulaire, le chauffoir, le scriptorium et le niveau des cellules et greniers. Seule une partie des bâtiments conventuels est accessible à la visite.
Les salles basses
Les salles basses sont une des grandes curiosités du Musée de l'Abbaye de Graville. Deux d’entre elles sont en ce moment accessibles, la troisième, la plus remarquable, n’est visible qu’au travers d’une grille.
Le mode de construction du mur Nord de cette grande salle basse laisse penser qu’il est plus ancien que celui qui la limite au Sud. Son épaisseur est considérable, plus de deux mètres, et un escalier s’y trouve logé. Ce mur servait sans doute de soutènement au flanc du coteau et, associé à l’escalier, permettait l’utilisation de jardins en terrasses.
Cette grande salle basse, datant des premières années du XIIIe siècle, voire de la fin du XIIe siècle, est vraisemblablement construite au moment où Guillaume II Malet, fait appel aux moines de Sainte-Barbe en Auge pour donner un nouvel essor à l'abbaye. Il le dote alors avec largesse pour que des bâtiments prieuraux plus fonctionnels soient construits. Utilisé comme cellier, cet espace pouvait bénéficier de l’escalier qui menait sur la terrasse actuelle dans sa partie Sud, là où se trouvait le bâtiment du réfectoire emporté par l’incendie qui a ravagé le prieuré en 1787.
La voûte en berceau brisé, montre que l’on quitte l’art roman, mais le côté très utilitaire de cette pièce n’impose pas une esthétique gothique plus recherchée comme pour la salle capitulaire ou le chœur de l’église. Cinq doubleaux en bandeaux retombant sur des corbeaux non sculptés suffisent à l’ensemble. Cette simplicité architecturale dans une salle aux dimensions importantes est très remarquée des visiteurs. A droite, un puits de vingt mètres de profondeur, et de un mètre soixante de diamètre a été taillé dans le roc.
Le couvrement de la petite salle basse est plus élaboré avec deux travées de voûtes sur croisées d’ogives séparées par un doubleau, elle est éclairée par une large fenêtre, et son utilisation, si elle n’est pas connue, peut-être celle d’un chauffoir ou d’un scriptorium.
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