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Les jardins de l'abbaye de Graville

Les jardins de l'abbaye de Graville

Au côté de l'abbaye construit à flan de coteau, la statue de la Vierge noire domine le Havre. Tout autour, des jardins en terrasses et un cimetière romantique offrent aux visiteurs un lieu de promenade et de repos.

La vierge noire

Selon une croyance populaire, la Vierge Noire de Graville serait érigée à l’endroit précis où, en 1870, les troupes Prussiennes se sont « miraculeusement arrêtées ». La statue aurait même été coulée avec le bronze des canons pris aux Prussiens. En réalité, la statue de la Vierge est bien liée aux évènements de la guerre de 1870, mais elle est la résultante d’un vœu, formulé par l’association des Mères Chrétiennes présidée par Madame Foache, pour qu’une statue soit érigée dans la ville si elle était préservée. L’invasion évitée, le site de Graville dominant l’estuaire, a tout de suite semblé le plus approprié.
Le dessin de la sculpture est demandé à M. Robert, alors que son interprétation et le plan du Monument sont dus à M. Roussel, architecte au Havre. Haute de six mètres et d’un poids de trois tonnes, la statue est alors coulée dans un alliage de zinc et d’étain, devant recevoir une couche d’argent. Mais l’argent ne fut jamais apposé et l’alliage se mit rapidement à noircir d’où le nom de Vierge Noire. Elle est inaugurée le 27 juin 1875, en présence des autorités civiles et religieuses, bénie par le Cardinal de Bonnechose devant une foule estimée à trente mille personnes.
Pendant les bombardements de septembre 1944, la statue  reçoit des éclats d’obus, ouvrant la porte à la corrosion. En 1984, une restauration s’avère indispensable, mais  un examen attentif oblige à prendre la décision d’en couler une autre après moulage sur le modèle. Le travail est confié à la fondation Coubertin. La nouvelle statue est alors financée par la ville du Havre et le Département pour deux tiers de la somme, le reste par une souscription lancée aux havrais par l’association pour la restauration de la Vierge Noire présidée par monsieur Philippe Manneville.
La nouvelle statue est  bénie et inaugurée le 15 décembre 1985, en présence des autorités civiles et religieuses.
Elle continue à occuper une place importante dans le cœur des havrais et aujourd’hui, comme au premier jour, de nombreuses dévotions l’entourent. L'original des têtes de la Vierge et de l'Enfant Jésus est présenté dans le musée de l'abbaye de Graville.

Le cimetière romantique

L’atmosphère du cimetière ancien de l'abbaye de Graville revêt un caractère insoupçonné qui enlève un instant le promeneur des ambiances habituelles. Parmi les tombes, s’élèvent les stèles de la famille Lefèvre, négociants et édiles à Graville, liés à la famille Vacquerie, belle famille de Léopoldine Hugo. Aujourd’hui, au nombre de quatre, elles sont remarquables pour deux d’entre elles pour avoir reçu les épitaphes de Victor Hugo : l’une est celle de Paul Léon Lefèvre disparu à l’âge de 7 ans et 8 mois et l’autre, celle de Charles Emile Lefèvre à l’âge de 4 ans et 10 mois.
Autre personnage important de l’Histoire du Havre, Jean-Baptiste Eyriès (1767-1846), qui fut géographe et écrivain. Il fut l’un des fondateurs de la Société de Géographie et membre de l’Académie des Inscriptions.

Les pierres tombales

Le musée de l'abbaye de Graville conserve un certain nombre de pierres tombales, certaines appartenant à l’histoire de l’abbaye elle-même, d’autres recueillies lors de démolitions d’églises havraises et plus particulièrement de l’église de l’Eure. Elles sont des témoins de l’art religieux comme de l’histoire havraise.

Pierres tombales de Leure
En creusant les fondations de la nouvelle abside de l’église Nicolas de Leure, on découvrit en 1856 diverses pierres tombales remarquables témoins et souvenirs de l’agglomération de Leure dont l’importance à l’époque médiévale est encore insuffisamment connue.

Pierre tombale de Pierre Bérenguier
Ce monument nous montre que les caractères généraux continuent encore fort communément au XIIIe siècle, la tradition des tombeaux francs : plus de largeurs à la tête qu’aux pieds et grande simplicité dans les détails.
Le personnage s’inscrit dans une arcature trilobée retombant sur des colonnettes. Dans la partie supérieure sont deux thuriféraires dont il faut remarquer la forme des encensoirs et des navettes puis deux céroféraires.
Le défunt, mains jointes relevées sur la poitrine ce qui le désigne comme un laïc, est vêtu de la longue robe du XIIIe siècle, dont les bords laissent voir la doublure de fourrure. Des entailles au-dessus des sandales sont la trace d’anciennes incrustations. Le chien couché sous ses pieds annonce un bourgeois. L’inscription sans date semble avoir été préparée à l’avance. Elle est rédigée en français ainsi que l’on commence à le faire pendant la deuxième moitié du XIIIe siècle. La famille tenait à la Marine car l’on a mention de la nef de Martin Bérenguier en 1295 et d’un autre sous un maître du même nom en 1340.

Pierre tombale de Guillaume Parey
Sur cette pierre tombale, la gravure des caractères est tourmentée, incorrecte. A un siècle d’écart environ avec Pierre Bérenguier, nous sommes en 1379, quel fléchissement ! Mais le gisant prend l’exactitude d’un portrait. Par opposition à l’idéalisation du XIIIe siècle.

Pierre tombale de Guillaume Gromesnil
Comme la pierre tombale suivante, celle de Guillaume Gromesnil est celle d’un acteur de la funeste bataille de l’Ecluse en 1340 (bataille de la guerre de cent ans pendant laquelle la flotte anglaise anéantit la flotte anglaise) à laquelle le port de Leure comptait 42 navires dont onze appartenant à la Marine Royale, Harfleur n’ayant dans le même armement que neuf nefs.
Seule la moitié supérieure de la pierre tombale est parvenue jusqu’à nous. La simplicité ici a fait place à l’exubérance. Un réseau rayonnant recouvre toute la surface d’un grand gable à crochets, dans les écoinçons, les thuriféraires se dressent de profil. L’inscription est tronquée mais celui dont elle rappelait la mémoire est connu. Le 24 juin 1340 à 6 heures du matin, avant que la flotte ennemie eut plus de contact avec la nôtre, une nef anglaise montée de jeunes écuyers pressés de se distinguer, se détacha de la ligne adverse et vint heurter « la Riche » du port de Leure, dont le maître était Guillaume Gromesnil. Avec ses cent vingt hommes, Guillaume Gromesnil extermina ses assaillants et coula le navire. Il mourut dans sa commune de Leure en 1369.

Pierre tombale de Guillaume du Moustier
Il semble que la bataille de l’Ecluse fut fatale à Guillaume du Moustier. En effet, la galère de deux cents hommes dont il était le maître n’était autre que la galère royale.

Pierre tombale de Louis Malet de Graville
Mort à Marcoussin, il avait ordonné, par son testament, que son cœur fut déposé dans le caveau de ses aïeux sous les voûtes sombres de l’abbaye de Graville.

César Joseph Regnault

Un négociant havrais inhumé dans le cimetière aurait inspiré Victor Hugo pour le personnage de Jean Valjean dans « Les Misérables ». Il s’agit d’un homme qui ayant développé une entreprise devenu florissante a été identifié par un de ses employés comme ayant été détenu. L’homme ne supportant pas l’opprobre due à la révélation aurait mis fin à ses jours.

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