Grâce aux fouilles archéologiques de Robert Mauger réalisées dans le cloître entre 1933 et 1935, une présence gallo-romaine est attestée sur le site de l'abbaye. Le mur gallo-romain découvert puis remonté est d’ailleurs visible aujourd’hui.
A Graville, ainsi que dans une dizaine d’autres ermitages installés en bordure de Seine entre son embouchure et Mantes, des moines viennent s’installer à flanc de coteau vers le milieu du VIe siècle. Ils bénéficient de grottes qui avaient pu être utilisées dès les temps les plus anciens comme abris sous roche. Elles sont encore visibles au Nord du cimetière actuel. C’est grâce à Jacques Le Maho, chercheur au CNRS, que nous connaissons mieux aujourd’hui l’histoire de ces ermitages, dépendants de la cathédrale Notre-Dame de Bayeux en Basse-Normandie. Ces ermitages sont le plus souvent liés à une légende de dragon ou situés sur des terrains portant le toponyme de Dragon, comme c’est le cas à Graville. Les ermites étaient chargés de christianiser des lieux plus reculés, alors que de grandes villes comme Bayeux ou Rouen, l’étaient déjà largement. Il est à remarquer que les établissements religieux dépendants de la cathédrale de Bayeux, fondèrent des chapelles dédiées à Saint-Etienne ou Notre-Dame. Les archéologues n’ont pas à ce jour découvert de structures qui puissent situer une église primitive, cependant, les historiens du XIXe siècle citent Saint-Etienne de manière récurrente comme étant la première dédicace de l’église Sainte-Honorine.
La fuite des reliques
Il est attesté, aujourd’hui, que l’histoire des reliques de Sainte-Honorine, est liée aux religieux venus de Bayeux. La légende a nourri comme bien d’autres le vide historique ou scientifique, Sainte-Honorine n’a pas été martyrisée à Mélamare en 303, sous l’Empire de Dioclétien, jetée en Seine par des païens de Lillebonne pour venir s’échouer au niveau de l'abbaye. Comme toute légende, elle contient sans doute une part de vérité, peut-être Honorine a-t-elle été honorée à Mélamare. Nous pensons maintenant que ce sont les religieux de Graville qui ont abrité les reliques de la Sainte, sous le règne d’Eudes Ier, (888-898). Comte de Paris, Eudes est devenu le premier roi capétien après avoir réussi, avec courage, à tenir les Normands hors de Paris au moment d’une nouvelle attaque. Charles Legros, roi de France ayant plié devant l’ennemi, est alors rejeté et destitué. En tenant les Normands en respect, Eudes Ier obtint un certain calme dans la vallée de la Seine, de Paris à son embouchure. Les religieux de la cathédrale de Bayeux craignant pour leur part que les Normands n’arrivent par l’Ouest, envoyèrent les reliques de la Sainte à Graville pour qu’elles soient en sécurité. Nous pouvons penser que les religieux de Bayeux les avaient eux-mêmes accueillies pour les protéger puisque des reliques de femme se trouvent d’ordinaire dans des couvents de femmes. Après la mort de Eudes Ier, les reliques sont à nouveau en danger, elles prennent alors le chemin de Conflans Sainte-Honorine. Qu’en est-il du sarcophage dans lequel reposaient les reliques ? L’abbé Cochet, historien et archéologue réputé du XIXe siècle qui l’avait examiné, pensait qu’il était en pierre du pays, c’est sans doute celui d’un des religieux de Graville, il est d’une forme très ancienne, fin de l’époque romaine ou début de l’époque mérovingienne, le livre des miracles au XIIe siècle dit qu’il est apparu à flanc de coteau. Au XIXe siècle, il était encore polychrome.
Un foyer de vie spirituelle
Comme il l’a été dit, le site de Graville est un lieu de culte très ancien, les premières traces sont celles de religieux ermites vivant dans les falaises dès le milieu du VIe siècle. Après qu’il fût doté par Guillaume Mallet de Graville au XIe siècle pour y installer des clercs, l'abbaye est à nouveau largement doté au XIIIe siècle par la même famille pour y installer des Augustins, venus de Sainte-Barbe-en-Auge. Au XVIIe siècle, ce sont les Génovéfains, Augustins de la congrégation de Saint-Maur qui s’installent, apportant de nouvelles modifications dans la règle et le bâti. Le remarquable retable baroque qui a pris place dans l’église dans les premières années du XVIIe siècle profite d’une mise en valeur générale. En 1731, ce sont de riches bâtiments prieuraux qui s’achèvent remplaçant ceux de la période gothique. La région connaît l’installation d’autres établissements de génovéfains, comme à Corneville-sur-Risle dans le département de l’Eure, ils dépendent de la même abbaye mère, l’abbaye Sainte-Geneviève, installée sur la montagne Sainte-Geneviève à Paris dans des bâtiments qui constituent aujourd’hui le lycée Henri IV. Les Génovéfains de Graville sont restés jusqu’à la Révolution Française, ils avaient eu à déplorer un grand incendie en 1787 qui avait fait disparaître leur réfectoire et leur bibliothèque. Quelques ouvrages heureusement préservés sont aujourd’hui à la bibliothèque du Havre. Les chanoines ont compté parmi eux, pendant le siècle des lumières, de grands savants astronomes et naturalistes comme Pingré ou Ventenat.
Les bouleversements de l'histoire
La situation exceptionnelle de l'abbaye de Graville l’a mis face aux violences de l’histoire. Si nous ne pouvons retenir tous les conflits et évènements qui l’ont endommagé, certains, plus que d’autres, ont marqué l’histoire de l'abbaye. Lors de la guerre de cent ans, la tour Nord de l’église est démolie pour que les anglais n’y prennent pas position. Au moment des guerres de religion, en 1563, la tour Sud s’effondre. Mis en vente comme bien national à la Révolution, l'abbaye fut utilisée comme prison, dépôt de munitions et école. La première guerre mondiale marque durement l'abbaye en endommageant certains vitraux ainsi que le Maître Hôtel. Puis viendra la seconde guerre mondiale où en 1940 l’explosion d’un wagon de munitions endommage une partie de la toiture et plusieurs vitraux, et où en 1944 les bombardements détruisent le chevet de l’église, la toiture et bouleversent l’ensemble du cimetière, jusqu’à l’entrée des grottes dans lesquelles les civils se sont protégés, si proches du péril de leur vie.
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1 Commentaire(s) sur cet article
Je suis cityoyenne des Etats Unis. En cherchant mon ancetre Guillaume Malet, j'ai trouve ce site. C'est merveilleux. J:ai l'intention d visiter le prieure un jour.
Excusez-moi de ne pas mettre les signes do ponctuation , mais le clavier francais de mon ordinateur ne marche pas.
Merci beaucoup pour tous les renseignements.
Laura Peyton Lassiter
(Reginald de Peyton etait le fils de Walter Malet, frere de Guillaume Malet (bataille de Hastings).