Romain Greif, architecte en charge des travaux du Muséum d’histoire naturelle

« Le Muséum est le digne écrin d’une collection incroyable. »

Portrait
Publié le 12 février 2026

Spécialiste de la restauration du patrimoine, Romain Greif a piloté les travaux de restauration et de transformation du Muséum d’histoire naturelle. Entre respect d’un édifice chargé d’histoire et intégration de dispositifs contemporains, il revient sur la renaissance d’un lieu emblématique.

  • Pouvez-vous vous présenter ? 

Je suis architecte et ingénieur. J’ai d’abord suivi un parcours scientifique, avec des études d’ingénierie du bâtiment, très axées sur la technique et le projet de construction. Assez vite, l’architecture s’est imposée comme une évidence. J’ai commencé en travaillant sur des projets neufs, notamment des cliniques et des hôpitaux, avant de m’orienter vers des équipements culturels comme des musées, salles de spectacle… Participer à la valorisation de lieux publics et culturels a été un véritable déclic. En 2015, je me suis associé à Marie-Amélie Tek, architecte du patrimoine. Ensemble, nous avons fondé l’agence GFTK, spécialisée dans la restauration de monuments historiques, tout en gardant une curiosité et une envie de diversité. Travailler sur des bâtiments chargés d’histoire est devenu pour moi une évidence.

  • Comment avez-vous abordé le projet de restauration et de transformation du Muséum d’histoire naturelle ? 

La réouverture du Muséum est l’aboutissement de six années de travail. En parallèle des espaces intérieurs, nous avons restauré les façades et la toiture. Le bâtiment est très particulier puisque son enveloppe en pierre de taille date de 1762, tandis que l’intérieur a été entièrement reconstruit en béton armé dans les années 1960. Cette combinaison entre une peau historique et un cœur plus moderne est assez rare. À l’intérieur, on trouve une organisation complexe de niveaux, de demi-étages, de vides et de doubles hauteurs. La salle en rotonde en est un bel exemple, avec ses deux escaliers qui s’enroulent autour de la « tornade » d’oiseaux imaginée par la scénographe. Nous avons repensé les circulations sans bouleverser la structure, notamment en créant un ascenseur adossé à l’escalier monumental. Cela permet une circulation verticale claire et accessible à tous, avec un parcours très proche pour les personnes à mobilité réduite. Enfin, l’ensemble du Muséum est désormais équipé d’un système de traitement de l’air, indispensable pour le confort des visiteurs et la bonne conservation des collections.

  • À quels défis patrimoniaux et techniques avez-vous été confronté ?

Intervenir sur un monument historique implique un cadre réglementaire exigeant, mais cela n’exclut pas l’innovation. Au contraire, une intervention discrète, presque invisible, peut révéler et respecter des siècles d’histoire tout en apportant des solutions contemporaines. Aujourd’hui, les bâtiments doivent intégrer des réseaux techniques de plus en plus performants : ventilation, électricité, numérique… L’enjeu est de les faire cohabiter avec des structures anciennes, qu’elles soient en pierre ou en béton. Chaque matériau impose ses propres règles. Il s’agit de trouver un équilibre subtil entre conservation et modernité, et les résultats peuvent être remarquables. 

  • Quel est l’impact des changements sur l’expérience de visite ?

Le hall d’accueil a été entièrement repensé pour marquer l’entrée dans ce bâtiment autrefois royal, qui abrite des collections exceptionnelles. Le mobilier ambitieux évoque à la fois l’arbre de la connaissance et l’accumulation des savoirs, tout en répondant aux normes de sécurité et de confort pour le public et les agents. Cet ensemble, qui s’élève vers la nouvelle mezzanine, dialogue également avec la girafe naturalisée qui a trouvé sa place dans le hall. Depuis l’escalier monumental, le visiteur est ensuite invité à suivre un parcours clair et fluide, qu’il peut adapter selon ses envies. Les contenus sont mieux mis en valeur et la visite gagne en cohérence et en richesse. 

  • Avez-vous pu aller au bout de vos ambitions ?

Oui. Qu’il s’agisse de l’architecture, de la muséographie ou de la scénographie, aucun compromis n’a été fait. La Ville du Havre s’est donnée les moyens de réinventer un Muséum à la hauteur de la qualité et de la diversité de ses collections. 

  • Quel a été votre ressenti lors de la réouverture ?

J’ai retrouvé exactement la vision que nous avions au départ. Le résultat est très réussi. Chaque salle annonce un nouveau spectacle, mêlant découverte et apprentissage. Les collections impressionnent mais, surtout, leur lecture est très accessible. La visite devient une véritable parenthèse, presque comme assister à un spectacle vivant.

Muséum d'histoire naturelle

Place du Vieux Marché
76600 Le Havre

Lundi : fermé
Mardi : 10h-12h / 14h-18h
Mercredi : 10h-18h
Jeudi : 14h-18h
Vendredi : 10h-12h / 14h-18h
Samedi : 10h-18h
Dimanche : 10h-18h

Fermeture le 1er janvier, les 1er et 8 mai, le 14 juillet, le 11 novembre et le 25 décembre. 
Le Muséum est ouvert le jeudi de l'ascension, le 15 août et le 1er novembre.