Publié le 28/07/2026
Le 9 juillet 2026, Cameron Zaczkowski s’est élancé de Douvres à 3h du matin. Après 15h42 de nage et près de 52 kilomètres parcourus, il a atteint le Pas-de-Calais, à Audresselles, dans la soirée. À 27 ans, il devient le premier Havrais à traverser la Manche à la nage, sans combinaison. Une performance sportive et une aventure collective menées au profit de l’association CHENE.
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Comment est né ce projet de traversée de la Manche ?
L’idée était ancienne. Quand certains voient une montagne et rêvent de la gravir, moi, je regardais la Manche en me disant que ce serait génial de rejoindre les côtes anglaises à la nage. J’avais même imaginé partir du Havre, mais la distance, les courants et le trafic maritime rendaient ce parcours impossible.
Le projet s’est concrétisé en 2024. J’avais déjà participé à un Ironman et couru un marathon en moins de trois heures. Je cherchais un nouveau défi. La Manche avait un sens particulier, surtout pour un Havrais qui a grandi avec la mer.
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Pourquoi avoir associé votre défi à l’association CHENE ?
Lorsque j’en ai parlé à Rose, ma compagne, elle m’a proposé de ne pas réaliser cette traversée uniquement pour la performance. Nous avons choisi de soutenir l’association CHENE, engagée dans la protection de la faune sauvage.
Le projet lui a permis de toucher un nouveau public et de recueillir des adhésions. Des membres de l’association étaient présents à l’arrivée. Une collecte se poursuit et nous continuons à présenter leurs actions sur nos réseaux et dans le documentaire, à venir, consacré à l’aventure.
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Comment vous êtes-vous préparé ?
La préparation a duré environ 15 mois. Au début, je pensais qu’il suffisait de nager beaucoup. Une blessure à l’épaule, lors d’une épreuve de 25 kilomètres, m’a obligé à revoir entièrement ma technique pour adopter une nage plus économique.
Julien Debris, du HAC Natation, a construit ma préparation. Willy Gervais, kinésithérapeute, m’a accompagné sur le renforcement physique, Clothilde Beaudouin sur la nutrition et Hélène Brival sur la préparation mentale. J’ai aussi pris du poids, près de 20 kg, pour mieux résister au froid. J’ai nagé de nuit et participé à une épreuve dans une eau à 4°C. Cette expérience a complètement changé mon rapport au froid.
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Quelle place Le Havre a-t-il occupé dans cette aventure ?
Le Havre est au cœur du projet. Je me suis entraîné en piscine, aux Bains des Docks, et en mer. J’ai appris à mieux observer la houle, les courants et les conditions avant de me mettre à l’eau.
Cette préparation a renforcé mon attachement à la mer et à ma ville. Être le premier Havrais à réussir cette traversée représente une vraie fierté.
« La Manche, c’était mon Everest »
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Comment avez-vous vécu la traversée ?
Le départ, en pleine nuit, a été difficile. L’eau m’a immédiatement semblée très froide et j’ai mis du temps à trouver mon rythme. Je pensais nager environ douze heures, mais les courants ont considérablement rallongé le parcours.
J’ai souffert des deux épaules et la fatigue a progressivement altéré ma lucidité. C’était comme partir pour 50 kilomètres de course à pied et apprendre en chemin qu’il en restait 20 de plus. Dans les longues distances, on explore de nouvelles pièces dans la « caverne de la souffrance ». Cette fois, j’ai découvert un loft !
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Avez-vous pensé à abandonner ?
Oui. Quand la douleur devient trop importante, le cerveau invente de bonnes raisons de sortir de l’eau. Je me suis raccroché à ma technique, aux phrases travaillées avec Hélène Brival et parfois au simple fait de compter mes coups de bras.
L’équipe embarquée sur le bateau de suivi, surtout, a fait la différence. Lorsque j’ai voulu arrêter, elle m’a poussé à continuer. Je leur dois vraiment cette traversée.
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Que retenez-vous de votre arrivée à Audresselles ?
Je n’étais plus très lucide. Pour valider la traversée, je devais atteindre seul la terre, lever les bras et attendre le signal du bateau. Je n’ai même pas entendu la sirène qui annonçait que c’était terminé.
J’ai ensuite compris que j’avais atteint la France et accompli ce qui représentait mon Everest. Je retiens bien sûr le dépassement de soi, mais surtout la solidarité créée autour du projet. C’est grâce à Rose, à mes proches, aux partenaires et à tous les professionnels qui m’ont accompagné que je suis allé au bout de ce défi.
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Et maintenant ?
La priorité est de terminer le documentaire, qui retracera la préparation et la traversée. Nous aimerions ensuite organiser des projections pour partager cette aventure.
Je souhaite aussi retrouver progressivement le plaisir de courir et de faire du vélo. Aucun nouveau défi comparable n’est encore fixé : pour le moment, la Manche reste ma montagne.
Le Havre
