« Le Havre se révèle à moi peu à peu. »
Publié le 30 juin 2026
Avec Des vies à bâtir, Basile Mulciba plonge le lecteur dans Le Havre de la Reconstruction. Un roman nourri d’histoire, de regards sensibles et de l’attachement de son auteur à la ville qu’il a découverte.
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Pouvez-vous revenir sur votre parcours ?
J’ai grandi en Guadeloupe jusqu’à mes 18 ans, avant de venir étudier à Paris. Je me destinais plutôt au cinéma et à l’écriture de scénarios. J’ai suivi une classe préparatoire littéraire, puis des études de sciences politiques. C’est à ce moment-là que je me suis intéressé plus profondément à l’histoire, à la géographie et aux politiques urbaines. Des thématiques qui m’ont naturellement conduit à m’intéresser au Havre, et qui ont nourri à la fois ma réflexion et mon imaginaire.
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Comment est née votre affinité avec Le Havre ?
Elle s’est construite progressivement. En classe préparatoire, une professeure originaire du Havre évoquait souvent la ville avec beaucoup de passion. Puis, au fil de mes études, je l’ai retrouvée comme un exemple majeur de reconstruction et d’aménagement urbain d’après-guerre. J’ai effectué ma première visite en 2016. Je me souviens très bien de mon arrivée, en fin de journée, rue de Paris : la lumière, les perspectives, l’harmonie des lignes m’ont immédiatement marqué. Depuis, j’y suis revenu régulièrement, avec cette impression constante de découvrir de nouveaux détails, de nouvelles ambiances, comme si la ville se dévoilait par touches successives.
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Qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans cette ville ?
Le Havre ne se livre pas immédiatement. Il faut accepter de prendre le temps de l’arpenter. J’aime ses contrastes, ses points de vue, ses escaliers qui créent des transitions inattendues entre les quartiers. Certains lieux dégagent aussi une grande sérénité, comme l’église Saint-Joseph ou l’appartement témoin Perret, où la lumière joue un rôle essentiel. La ville propose un rapport à l’espace différent, presque un décalage par rapport aux codes urbains plus classiques. Elle invite à ralentir, à observer.
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Comment est né votre roman Des vies à bâtir ?
L’envie d’écrire est revenue alors que je travaillais dans le milieu associatif, dans des quartiers populaires. J’ai ressenti le besoin de revenir à une forme d’expression plus libre, ce qui a donné naissance à mon premier roman. L’idée de celui-ci, consacré au Havre, m’est venue fin 2021, presque comme un flash : raconter la Reconstruction à travers le regard d’un architecte rejoignant l’équipe d’Auguste Perret. Ce qui m’intéressait, c’était autant la reconstruction matérielle que les trajectoires humaines, les espoirs, les tensions, les attentes des habitants, et la manière dont une ville se réinvente après une épreuve.
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Votre livre mêle histoire et fiction. Pourquoi ce choix ?
Le roman se déroule entre 1949 et 1954 et suit un narrateur à la première personne, au présent. J’y recroise des figures historiques, comme Auguste Perret, et une intrigue plus intime. Ce mélange permet de faire dialoguer la grande Histoire avec des expériences plus personnelles. C’est un livre sur les parcours de vie, sur ce que l’on construit, seul et collectivement. Je me suis beaucoup documenté, notamment à partir d’archives municipales et d’échanges avec des spécialistes, afin de restituer au mieux cette période charnière.
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Votre regard sur Le Havre a-t-il évolué avec l’écriture ?
Au départ, il y avait une forme de fantasme, lié à l’histoire de la Reconstruction et à son image. L’écriture m’a permis de confronter cette vision à la réalité, avec ses complexités et ses ambivalences. Aujourd’hui, mon regard est plus large, au-delà du centre reconstruit. J’ai envie de découvrir davantage la ville, d’en explorer d’autres quartiers et de continuer à me laisser surprendre par ses évolutions.
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Que souhaitez-vous transmettre aux lecteurs ?
Que reconstruire ne signifie ni effacer ni reproduire à l’identique, mais trouver un équilibre entre mémoire et projection. Cette période est profondément romanesque, faite d’élans, de doutes, de contradictions et de rencontres. Au-delà du contexte historique, j’aimerais que les lecteurs y trouvent une réflexion sur leurs propres trajectoires, sur ce que signifie « bâtir » une vie.
Ce portrait a été initialement publié dans le magazine LH Océanes
LH Océanes n°269
Édition du 16 au 30 juin 2026
Le Havre
