« Le western en BD est un miroir de notre époque. »
Publié le 23 octobre 2026
Historien, François Drémeaux est aussi un passionné de bande dessinée. Pour Un Automne à buller, il propose une conférence qui invite à regarder autrement le western et Lucky Luke. Selon lui, derrière les cow-boys, les grands espaces et l’humour, se dessinent aussi les préoccupations de chaque époque.
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Vous êtes historien des mobilités et du monde maritime. D’où vient votre intérêt pour la bande dessinée ?
J’ai toujours été amoureux du 9e art. À Cholet, dont je suis natif, j’ai même présidé une association de promotion de la BD, souvent intégrée à mes recherches. J’ai écrit plusieurs articles sur ce sujet, parce que la bande dessinée est une source comme une autre, qui parle de son temps. Mon contrat post-doctorat en Californie m’a aussi permis de confronter les images du Grand Ouest, découvertes dans mes lectures, à une réalité géographique et historique.
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En quoi les bandes dessinées de western nous parlent-elles de l’époque où elles ont été créées ?
Le western est un formidable révélateur des évolutions de la société. Dans les années 1930, le cow-boy véhicule notamment un modèle de virilité destiné à l’éducation des jeunes garçons. Après la Seconde Guerre mondiale, la conquête de l’Ouest participe à une représentation très positive de l’Allié américain. Dès la fin des années 1960, le genre devient davantage subversif et commence, par exemple, à donner une autre place aux natifs amérindiens. Aujourd’hui encore, le western est très présent en BD mais il aborde des questions contemporaines, comme la place des femmes ou l’attirance qui peut naître entre des hommes privés de présence féminine. Ces albums sont donc aussi des miroirs de leur époque.
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Peut-on vraiment apprendre l’histoire des États-Unis en lisant les aventures de Lucky Luke ?
C’est ce qui rend la série particulièrement intéressante. Sous ses allures de bande dessinée pour enfants, elle s’appuie sur des événements réels, des personnages qui ont existé et de nombreux épisodes de l’histoire américaine. Lucky Luke a aussi évolué avec son temps, au fil de ses auteurs. Morris lui-même connaissait les États-Unis où il a vécu. Il nourrissait une véritable admiration pour le pays qu’il a su transposer dans son œuvre, tout en créant un héros adapté aux contraintes éditoriales de son époque.
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Quel lien faites-vous entre ces grands espaces de western et vos propres recherches sur le monde maritime ?
Ce sont l’histoire des mobilités et l’histoire culturelle qui m’ont toujours intéressé. Pour moi, il existe trois espaces particulièrement propices à une fiction presque sans limites : le Grand Ouest américain, la haute mer et l’espace. Ils ont énormément nourri les imaginaires. Ce qui est stimulant pour un historien, c’est d’aller voir derrière la façade, de confronter ces représentations à une réalité concrète. Sur un navire comme dans une caravane traversant l’Ouest des États-Unis, le déplacement crée aussi des relations humaines particulières.
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Que souhaitez-vous transmettre au public lors de cette conférence ?
Avant tout, l’envie d’aller plus loin. Le western et la bande dessinée forment aujourd’hui un paysage extrêmement riche et varié. Je vais donc montrer beaucoup d’images et proposer de nombreuses références. Il ne s’agit pas d’être exhaustif, mais de donner des clés pour regarder autrement des œuvres que l’on croit parfois bien connaître. J’espère aussi donner envie de les lire soi-même.
Ce portrait a été initialement publié dans le magazine LH Océanes
LH Océanes n°274
Édition du 16 au 31 octobre 2026
Le Havre
