Gaël Charbau, directeur artistique d'Un Été Au Havre

« Le Havre n’a pas fini de me fasciner. »

Portrait
Publié le 11 septembre 2026

Après quatre saisons à la direction artistique d'Un Été Au Havre, Gaël Charbau revient sur une aventure qui a nourri son regard sur la ville, ses habitants et la place de l'art dans l'espace public.

  • Cette édition 2026 marque la fin de votre mandat. Quel regard portez-vous sur cette dernière saison ?

Je suis très heureux de l'accueil réservé à cette programmation. Ce qui me touche le plus, c'est la manière dont les Havrais s’approprient les œuvres. J'ai toujours souhaité que les créations dialoguent avec la ville, son histoire et ses paysages. Cette année, Sur le motif de Guillaume Aubry permet par exemple de retrouver le point de vue de Claude Monet lorsqu'il a peint Impression, soleil levant, tandis que Spinning Around de Sophia Taillet met en résonance l'architecture d’Auguste Perret et celle de la cathédrale. Les réseaux sociaux prolongent cette rencontre avec les œuvres. Certaines, comme Icebergs de Gaspard Combes ou les vitraux installés par Isabelle Cornaro dans la gare, suscitent un véritable enthousiasme. Les Havrais aiment photographier leur ville et cela crée une autre manière de raconter les œuvres.

  • Qu'avez-vous découvert du Havre au fil de ces quatre années ?

Avant tout son échelle. C'est une ville qui, par son homogénéité, paraît simple au premier regard, mais qui est en réalité complexe. Les distances, les perspectives, la lumière, les bassins, la mer… tout cela oblige à concevoir les œuvres autrement. On ne se rend pas toujours compte, par exemple, qu'Icebergs est haute comme un immeuble de quatre étages ou que Catène de Containers s'impose dans un paysage portuaire immense. Ici, une œuvre doit être capable d'exister dans des espaces gigantesques. C'est pourquoi j'ai toujours demandé aux artistes beaucoup de subtilité.

  • Que retenez-vous personnellement de cette expérience ?

Elle a profondément marqué mon parcours. Pendant quatre ans, j'ai eu le sentiment de dialoguer avec la cité océane, de l'explorer, d'apprendre d'elle. Je n'ai jamais cessé d'être surpris par la diversité de ses paysages ou les variations de sa lumière. Le Havre est une ville inépuisable qui n'a pas fini de me fasciner.

  • Vous avez également fait le choix d'accompagner de jeunes artistes. Pourquoi était-ce important ?

Découvrir des artistes fait partie de mon métier et de ce qui m'anime le plus. J'aurais adoré que l'on me confie un projet de cette ampleur lorsque j'avais 25 ans. À cet âge, on ose tout imaginer. Il faut ensuite accompagner cette énergie, construire les projets avec les équipes techniques, les entreprises, les partenaires locaux. C'est cette co-construction qui permet aux œuvres de trouver leur juste place. Je pense évidemment à Arthur Gosse, dont La Lune s'est posée au Havre devait être une installation temporaire avant d'intégrer la collection permanente. C'est une très belle histoire.

  • Vous avez aussi cherché à associer les Havrais eux-mêmes aux créations…

Oui, parce que l'art dans l'espace public appartient à tout le monde. Lorsque Charlotte Huard réalise Corallium à partir de 900 moulages de mains d'habitants, ce n'est pas seulement une œuvre, c'est une aventure collective. J'ai toujours voulu mobiliser les artistes, les techniciens, les écoles, les associations, les habitants. Lorsqu'une œuvre naît de cette énergie commune, elle prend une dimension supplémentaire.

  • Vous avez lancé Métamorphoses, un rendez-vous consacré aux transformations de la ville. Quel était son objectif ?

J'avais envie que l'on puisse parler de la ville autrement, au-delà des œuvres elles-mêmes. Métamorphoses réunit artistes, architectes, urbanistes, chercheurs ou designers pour réfléchir ensemble à la manière dont évoluent nos espaces de vie. Dès la première édition, la salle était pleine. Cela m'a beaucoup marqué, car le sujet pouvait sembler exigeant. En réalité, le public a montré qu'il avait envie d'échanger, de comprendre les transformations de la ville et d'entendre des avis différents. Je crois profondément que l'art, par son apparente inutilité, nous offre la possibilité de faire un pas de côté. Il ouvre des conversations, invite à regarder autrement notre quotidien et nous aide, peut-être, à imaginer le monde qui vient.

Un Été Au Havre

Jusqu'au 20 septembre

Ce portrait a été initialement publié dans le magazine LH Océanes