Houda Benyamina, réalisatrice, scénariste et fondatrice de 1 000 Visages

« Pour moi, le cinéma, c’est montrer ce qu’on ne peut voir qu’à travers l’objectif. »

Invités
Publié le 8 avril 2026

Réalisatrice révélée par le film Divines, récompensé à Cannes, Houda Benyamina viendra au Havre à l’occasion du festival Les Révélations. L’occasion de rencontrer une cinéaste engagée, passionnée de transmission et convaincue du pouvoir des images.

  • Votre regard sur le cinéma a évolué depuis Divines. Quelle est aujourd’hui votre vision de cet art ? 

J’ai réalisé mon premier film avec mon instinct, ma rage, ma nécessité, mon histoire. Aujourd’hui, je me demande : pourquoi faire un film plutôt qu’une pièce ou un roman ? Pourquoi raconter par le cadre, le montage, le regard de la caméra ? Pour moi, le cinéma, c’est montrer ce qu’on ne peut voir qu’à travers l’objectif. Je viens du théâtre, même si mes premiers grands chocs ont été les films vus à la télévision. J’ai commencé par la scène parce que c’était plus accessible : on pouvait créer avec presque rien. Tourner, en revanche, me paraissait plus difficile d'accès : il fallait du matériel et de l'argent. L’arrivée des caméras numériques a tout changé : on pouvait enfin faire des films avec peu. Pour quelqu’un comme moi, issue d’un milieu populaire, ce mode d'expression est devenu un médium accessible. J’avais besoin de faire exister des mondes, des visages, des réalités. Le cinéma est pour moi un art populaire, capable de toucher tout le monde, mais il doit aussi susciter de la pensée. Il ne doit pas seulement raconter des histoires : il peut révéler des fragilités, des violences, des contradictions. C’est en cela qu’il est profondément politique, non pas parce qu’il délivre un message, mais parce qu’il ouvre un regard et déplace nos perceptions. 

  • La transmission occupe une place centrale dans votre parcours, notamment avec l’association 1 000 Visages. Pourquoi cet engagement ? 

C’est par la transmission que je me suis éveillée. Je me souviens d’un instituteur qui nous avait fait jouer Marcel Pagnol quand j’avais 8 ans. Sur scène, j’ai compris que je pouvais exprimer des émotions que je ne savais pas dire autrement. Plus tard, un surveillant au collège m’a fait lire des livres. Ces rencontres ont été décisives : j’ai toujours eu le sentiment que quelqu’un m’avait tendu la main. Créer 1 000 Visages n’a pas été simple. Le cinéma reste un milieu très privilégié, longtemps peu accessible à des jeunes de quartiers populaires ou issus de l’immigration. J’ai eu l’impression d’arriver dans un endroit où je n’étais pas attendue. Transmettre, c’est aller chercher ces talents et leur dire : tu as le droit d’être là, et tu as même le droit à l’excellence. Au-delà de la technique, j’essaie de transmettre la confiance et la conscience. 

  • Vous participez à la table ronde d’ouverture des Révélations. Que représentent ces échanges avec le public ? 

Échanger avec le public est essentiel. Aller à sa rencontre me permet de rester connectée au réel. Venir au Havre est aussi très important pour moi. N’ayant pas eu accès à l’art quand j’étais plus jeune, j’aime aujourd’hui la rigueur de ces espaces où l’on peut prendre le temps de penser les images, d’en fabriquer d’autres que celles qui nous sont imposées en permanence. 

  • Vous animerez aussi une masterclass pour les jeunes cinéastes. Quelle première clé leur donneriez-vous ? 

La première chose que je leur dirais, c’est : faites. Si un jeune veut commencer à faire du cinéma, il peut déjà utiliser un téléphone portable. Je leur parlerai aussi de la « minute Lumière ». À l’époque des frères Lumière, la pellicule durait une minute et on filmait simplement le réel. C’est un bon point de départ : prendre une caméra et regarder ce qui est là. Ensuite, la fiction permet aussi de raconter le réel autrement, parfois de le rendre encore plus vrai.

Cap pour la réussite : les métiers de l’image à l’honneur

Lancée en 2025 par la Ville du Havre, l’opération Cap pour la réussite valorise des parcours inspirants pour faire découvrir des métiers et leurs formations. 

Le 9 avril, de 14h à 16h30, au théâtre Le Normandy, Houda Benyamina et la cinéaste havraise Alice Duval-Barré partageront leurs expériences aux côtés d’établissements locaux : le lycée Saint-Vincent-de-Paul et l’École Supérieure d'Art et Design du Havre. Témoignages, échanges avec le public et moment convivial rythmeront ce rendez-vous gratuit et ouvert à tous.

Plus d'infos sur l'évènement

Ce portrait a été initialement publié dans le magazine LH Océanes

Les Révélations

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