Jul et Achdé, scénariste et dessinateur des aventures de Lucky Luke

« Lucky Luke reste une série humoristique qui s’adresse à tous. »

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Publié le 2 novembre 2026

À l’occasion des 80 ans de Lucky Luke et de l’exposition « Lucky Luke court toujours ! », Jul et Achdé font escale au Havre. Le scénariste et le dessinateur racontent comment ils prolongent l’héritage de Goscinny et Morris, entre fidélité, humour, histoire et nouveaux regards.

  • Comment faire vivre l’héritage de Goscinny et de Morris sans répéter leurs recettes ? 

Jul : J’ai l’impression d’avoir métabolisé la grammaire de Lucky Luke, dont j’étais un lecteur boulimique. Goscinny a influencé ma façon de construire les histoires et de prendre du recul grâce à l’humour. J’essaie d’être fidèle tout en apportant quelque chose de neuf, de m’éloigner du modèle sans que le lecteur le remarque. Je conserve en revanche le double niveau de lecture, pour les enfants et les adultes. Mon passé d’historien me conduit aussi à fouiller les archives pour explorer des réalités de l’époque encore peu abordées. Lucky Luke permet ainsi de s’amuser tout en apprenant et de faire résonner l’Histoire avec des sujets qui nous concernent aujourd’hui. 

Achdé : Je lis Lucky Luke depuis 1965. Quand on veut devenir dessinateur de BD, on commence par dessiner ce qui ressemble à ses héros. J’avais déjà une carrière lorsque j’ai rencontré Morris, après un album hommage puis un travail sur Rantanplan. Après son décès, j’ai appris qu’il avait souhaité que je lui succède. Cette filiation compte évidemment beaucoup.

  • De quelle manière se construit un album à deux ?

Jul : Nous nous mettons d’accord sur un thème. Je mène les recherches pour vérifier qu’il y a suffisamment de matière, puis je dessine un pré-storyboard – je suis aussi dessinateur – que je confie à Achdé. À lui ensuite de relever les défis ! 

Achdé : Nous échangeons aussi sur les dialogues. Ma connaissance des États-Unis, notamment des tribus autochtones, nourrit également le travail.

  • Comment faire évoluer Lucky Luke sans le dénaturer ? 

Jul : Par petites touches. J’approfondis la psychologie du personnage et je lui donne davantage de corps : on le voit grossir, avoir le mal de mer ou révéler sa phobie des sauterelles. Cela le rapproche de notre époque. Et puis certains personnages offrent une liberté formidable, comme Averell, véritable allume-feu de l’humour, qui permet tous les pas de côté burlesques. 

Achdé : De mon côté, je ne cherche pas à moderniser le dessin. C’est surtout le scénario qui évolue. J’apporte plutôt des solutions inédites de mise en scène, comme par exemple de montrer Jolly Jumper couché après une blessure. La BD, c’est du cinéma sur papier : le découpage doit servir le scénario. J’aime aussi jouer avec les expressions des personnages les plus stupides face au sérieux constant de Lucky Luke. Quoi qu’il en soit, la caricature reste sans méchanceté et ne repose jamais sur le genre, la religion ou l’origine. J’aurai plaisir à accompagner les participants de la master class de dessin que j’animerai le dimanche 22 novembre.

  • Qu’est-ce qui explique, selon vous, la longévité du personnage ? 

Jul : Sa nature même le rend indémodable. Lucky Luke a une dimension universelle, presque mythologique : avec Jolly Jumper, il forme une sorte d’homme-cheval et, de manière quasi miraculeuse, il apporte la justice et la paix. Il incarne ainsi les grands fondements de nos récits collectifs. 

Achdé : N’oublions pas que la fin du XIXe siècle américain voit naître des thèmes très modernes – le chemin de fer, le pétrole, la publicité… Cette période continue de nous parler. C’est aussi de cette façon que la magie opère.

Un Automne à buller

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Ce portrait a été initialement publié dans le magazine LH Océanes