Vincent GADRAS et Mathieu DESAILLY, artistes du collectif Tout reste à faire

« Nos créations dialoguent directement avec les collections scientifiques du Muséum. »

Invités
Publié le 25 septembre 2026

Transformer un piano, un saxophone ou une trompette en insecte géant : c'est le pari singulier de Vincent Gadras, scénographe, et Mathieu Desailly, graphiste. Présentées au Muséum d'histoire naturelle jusqu'au 4 octobre, leurs sculptures monumentales invitent à poser un nouveau regard sur le vivant, la musique et le recyclage.

  • Comment est née votre collaboration ? 

Mathieu Desailly : D’une succession de rencontres. Je suis graphiste et je travaille depuis longtemps avec des objets. J'avais envie de sortir mes créations de leur statut d'archives pour les rendre plus vivantes et Vincent m’y a aidé en 2013. Nous avons rapidement imaginé des projets communs autour de la mise en mouvement des objets. Puis est venue l'idée de créer un premier insecte à partir des pièces d'un piano. En réalisant ensuite une sauterelle pour un festival, nous avons compris que nous tenions là un véritable univers artistique : un bestiaire inspiré des arthropodes. 

  • Pourquoi avoir choisi ces insectes ? 

Vincent Gadras : Les arthropodes offrent un terrain de jeu extraordinaire. Ils représentent une immense partie de la biodiversité et montrent une incroyable disparité de formes. Cela nous permet d'imaginer de nombreuses créations tout en gardant un lien avec la réalité scientifique. Au Muséum, ce dialogue prend tout son sens puisque nos œuvres répondent directement aux collections d'entomologie et aux dessins naturalistes présentés dans l'exposition. 

  • Comment donnez-vous naissance à ces créatures ? 

Mathieu Desailly : Chaque projet commence par des dessins. Vincent intervient très tôt pour concevoir la structure et imaginer les volumes. Nous cherchons les instruments dont les formes évoquent naturellement les différentes parties du corps. Mais nous ne transformons pas les pièces au point de les rendre méconnaissables. Au contraire, nous voulons que le visiteur reconnaisse une clé de saxophone, un pavillon de trompette ou un clavier de piano. C'est cette double lecture qui fait vivre les sculptures. 

  • Vos insectes semblent presque vivants... 

Vincent Gadras : C'est l'objectif. Les mouvements arrivent souvent en fin de création, presque naturellement. Nous utilisons des moteurs programmés qui donnent un rythme, avec une part d'aléatoire. Le public ne voit pas vraiment ces artifices, bien dissimulés dans le socle en général, mais ils les entendent. Le mouvement reste poétique plus que réaliste. À cela s'ajoute le travail du compositeur David Chalmin, qui crée pour chaque insecte un univers sonore inspiré des bruits mécaniques de la sculpture. Le son et le mouvement donnent véritablement une âme à ces créatures. 

  • Quel regard souhaitez-vous susciter chez les visiteurs ? 

Mathieu Desailly : Nous voulons d'abord provoquer l'émerveillement. Les enfants reconnaissent immédiatement les insectes, tandis que les adultes découvrent peu à peu les instruments qui les composent. Nos sculptures parlent aussi de réemploi pour des instruments qui ne produisaient plus de musique et retrouvent ainsi une nouvelle existence. Elles montrent qu'un objet peut changer de fonction tout en conservant son histoire. 

  • Que vous a apporté votre résidence au Havre en juillet dernier ? 

Vincent Gadras : Ces rencontres apportent une dimension importante du projet. Nous aimons que le public découvre les différentes étapes de fabrication et puisse échanger avec nous. Au Havre, cette résidence nous a permis d’imaginer une nouvelle sculpture inspirée d'une espèce de cicindèle américaine. C'est une manière de prolonger le dialogue avec les visiteurs et avec le Muséum. Il nous faudra plusieurs résidences pour finaliser la création. Le temps entre deux résidences permet aux projets de mûrir et favorise l'émergence de nouvelles idées et de solutions.

Ce portrait a été initialement publié dans le magazine LH Océanes