Publié le 26/03/2026
Jusqu’au 6 juin, la bibliothèque Armand Salacrou consacre une exposition à Jules Durand, à l’occasion du centenaire de sa disparition. Une plongée dans le Havre ouvrier du début du XXe siècle et dans une affaire devenue un symbole d’injustice.
Un Havre ouvrier en lutte
En entrant dans la bibliothèque, l’exposition prend le temps de poser le décor. Celui du Havre portuaire du début du XXe siècle, avec ses dockers charbonniers, la dureté du travail, la précarité, l’alcool omniprésent sur les quais et la montée des revendications sociales. Ces premiers éléments éclairent le développement des syndicats et les combats menés pour défendre les ouvriers.
Documents, photographies et archives montrent un monde portuaire sous tension. On comprend mieux, à travers ce contexte, comment Jules Durand, partisan d’un syndicat ouvert à tous, s’inscrit dans un mouvement plus large de luttes sociales. Cette entrée en matière donne de l’épaisseur à la suite du parcours : l’affaire n’apparaît plus comme un fait isolé, mais comme le produit d’un climat social et politique polarisé.
L’"abominable erreur judiciaire"
À l’étage, place à l’affaire elle-même. L’exposition réunit un ensemble exceptionnel de pièces contemporaines de l'époque : lettres de soutien, courriers à charge, pétitions, affiches, photographies, articles de presse, peintures. On y mesure à la fois la violence de l’accusation et l’ampleur de la mobilisation qui se lève autour de Jules Durand.
Parmi les documents les plus saisissants figure la lettre adressée à Armand Fallières, président de la République, en janvier 1911. Jules Durand y clame son innocence et demande les moyens de faire reconnaître l’"abominable erreur judiciaire" dont il se dit victime. Cette parole, directe, sans détour, bouleverse. Elle donne à l’affaire un visage, une voix, une détresse.
Le parcours montre aussi comment le dossier judiciaire déborde rapidement du cadre du tribunal pour devenir une affaire publique, sociale et politique. Au fil des vitrines, ce sont autant les mécanismes de la machination que les formes de solidarité qui apparaissent.
Pourquoi ce lieu résonne particulièrement ?
Présenter cette exposition à la bibliothèque Armand Salacrou n’a rien d’anodin. L’exposition montre également des manuscrits et documents liées à Boulevard Durand, la pièce par laquelle Armand Salacrou ressuscite l’affaire dans les années 1960. Le lien est d’autant plus fort que l’auteur lui-même rattache cette œuvre à un souvenir d’enfance. Dans Boulevard Durand, il écrit qu’il avait dix ans lorsque l’affaire éclata et que ses parents habitaient Le Havre, devant la prison.
Toute la force de cette exposition, à découvrir jusqu’au 6 juin, est de faire comprendre, à hauteur d’archives et à hauteur d’homme, pourquoi Jules Durand demeure une figure majeure de la mémoire havraise.
L’affaire Jules Durand
Syndicaliste havrais et secrétaire du syndicat des charbonniers, Jules Durand est accusé en 1910 d’avoir commandité le meurtre d’un ouvrier non gréviste, Louis Dongé, sur la base de faux témoignages. Condamné à mort, il devient le symbole d’une machination judiciaire qui suscite une émotion considérable, au Havre comme bien au-delà. Son innocence sera reconnue, mais trop tard pour réparer les ravages humains de l’affaire.
Bibliothèque Armand Salacrou
17 Rue Jules Lecesne
76600 Le Havre
Du mardi au samedi de 14h à 18h
Visites guidées tous les samedis à 15h, sauf les samedis 4 et 11 avril, et 23 mai.
Visites les mercredis 8 avril et 20 mai à 10h, commentées par l’équipe des archives municipales.
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