Victor Vimont, artiste plasticien

« Je crée des refuges pour ralentir le temps. »

Portrait
Publié le 30 avril 2026

Jeune artiste havrais, Victor Vimont investit la galerie du Théâtre de l’Hôtel de Ville avec « Mémoires refuges », une exposition immersive entre mémoire, nature et numérisation.

  • Quel est votre parcours ? 

J’ai 26 ans, je suis diplômé de l’ESADHaR depuis 2024. À l’origine, je m’intéressais surtout au design et à la modélisation 3D. C’est pendant mes études que j’ai découvert les outils numériques du Fablab, qui ont complètement orienté ma pratique artistique. J’ai aussi travaillé comme tuteur en modélisation 3D et effectué des stages, notamment en architecture d’intérieur. Aujourd’hui, je poursuis mon travail artistique après une résidence au Fort de Tourneville et je suis installé au Lieu, résidence d’artistes rue de Bougainville. 

  • Comment définiriez-vous votre univers artistique ? 

Mon travail part toujours du réel, mais je prends une certaine distance pour en faire autre chose. Je m’intéresse au temps long, à l’échelle de la Terre, presque vertigineuse. Mes œuvres mélangent des éléments très concrets – des paysages, des objets, des souvenirs – avec une dimension plus mentale, poétique. J’essaie de créer des espaces qui ressemblent à des refuges, où l’on peut se poser, contempler et peut-être ralentir. 

  • Quels sont vos matériaux et vos techniques ? 

J’utilise l’impression 3D et les outils numériques, mais toujours en lien avec des éléments collectés dans le réel. Par exemple, je marche beaucoup, je photographie des branches ou des végétaux que je redessine ensuite avec un stylo 3D. J’aime aussi travailler avec des matériaux locaux : lors de ma résidence, j’ai gravé des motifs de rideaux donnés par des habitants sur des ardoises récupérées sur les toits havrais. Le numérique me permet de transformer ces fragments en paysages recomposés, presque comme des souvenirs fossilisés. 

  • L’exposition « Mémoires Refuges » s’articule autour de plusieurs œuvres fortes. Pouvez-vous les présenter ? 

L’exposition rassemble plusieurs pièces qui dialoguent entre elles. Il y a notamment une reconstitution d’un dolmen préhistorique situé à Montivilliers, que j’ai modélisé et imprimé en plus de 400 morceaux. C’est un objet qui m’intéresse car il est là depuis 5 000 ans, presque ignoré, et il nous rappelle notre place dans le temps. Je présente aussi un arbre réalisé en bioplastique, inspiré d’un olivier du jardin de mon père, ainsi que des rideaux recomposés à partir de motifs collectés. L’ensemble forme un espace qui ressemble à une grotte, propice à la contemplation. 

  • Quelle expérience souhaitez-vous proposer au public ? 

J’aimerais que les visiteurs prennent leur temps. Qu’ils se perdent dans les détails, les textures, les matières. Aujourd’hui, tout va très vite. J’essaie d’offrir un moment de pause, presque méditatif. On a tous vécu ces instants où l’on regarde un paysage sans rien faire. C’est cette sensation que je cherche à retrouver et à partager. 

  • Votre travail semble aussi traversé par la notion de repos… 

Pendant mes études, j’ai développé un projet autour de l’idée de « partager le repos », inspiré notamment par des réflexions sur les machines et le temps libre. Aujourd’hui, cette notion évolue vers quelque chose de plus large, un rapport au temps long, à la nature, à ce qui nous dépasse. 

  • Cette exposition marque-t-elle une étape dans votre parcours ? 

Oui, c’est à la fois un aboutissement et un point de départ. Sa préparation avec l’aide de la commissaire d’exposition Julie Crenn concrétise ma sortie d’école et plusieurs années de recherche. En même temps, elle m’ouvre d’autres perspectives : j’ai candidaté à des résidences en Normandie et dans le sud de la France pour développer des projets encore plus immersifs. 

  • Quels sont vos autres projets ? 

J’aimerais continuer à diffuser mon travail dans différents endroits, mais aussi développer un projet de Fablab au Lieu. L’idée serait de partager mes connaissances en modélisation 3D et d’organiser des ateliers ouverts au public. La transmission est quelque chose qui me tient à cœur.

Mémoires Refuges

Plus d'informations sur l'exposition à la galerie du Théâtre de l'Hôtel de Ville

Ce portrait a été initialement publié dans le magazine LH Océanes