Décharges de Dollemard : le nettoyage des falaises du Havre entre dans sa phase active

Nature, environnement
Travaux
Publié le 04/06/2026

Pendant près de 40 ans, des centaines de milliers de mètres cubes de déchets ont été déversés depuis le sommet des falaises de Dollemard. Aujourd'hui, le chantier de nettoyage est entré dans sa phase active. Unique en France par sa complexité, il engage 37,3 millions d'euros et mobilise une vingtaine d'entreprises pour rendre à la mer et à la nature un littoral durablement dépollué.

En quoi consiste le chantier de nettoyage des décharges de Dollemard ?

Peu de Havrais le savent : sous la végétation des préfalaises de Dollemard se cachent des décennies de déchets. Des années 1960 jusqu'au début des années 2000, les entreprises de BTP déchargeaient leurs gravats, plastiques, amiante et pneus depuis le sommet des falaises. D'abord informelle, la pratique s'est progressivement organisée avec l'installation d'une dizaine de quais de déchargement, étendus sur près d'un kilomètre. Des cônes de déchets se sont formés en pied des falaises.

Fermées définitivement au début des années 2000, ces décharges n'ont pourtant pas cessé de menacer. Sous l'effet de l'érosion marine (estimée à 30 cm/an sur ce secteur), les matériaux glissent progressivement vers la mer. Plastiques, microplastiques, métaux lourds et hydrocarbures se retrouvent dans l'eau, impactant la faune marine et, par ricochet, la santé humaine. Sur le long terme, le volume susceptible d'être emporté est estimé à 312 000 m³, soit l'équivalent de 125 piscines olympiques.

Le Plan national de résorption des décharges littorales

Lancé par le gouvernement en février 2022, ce plan vise à traiter en dix ans les décharges littorales historiques présentant le plus fort risque de relargage de déchets en mer.

Sur les 130 sites identifiés en France par le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), Dollemard s'impose comme l'un des plus complexes à traiter, et l'un des plus emblématiques.

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Comment fonctionne le chantier techniquement ?

Pour travailler sur ce site escarpé, soumis aux marées et à l'érosion, les équipes ont mis en place un dispositif sans équivalent en France. Le chantier porte sur 312 000 m³ de matériaux à traiter, répartis sur 700 mètres de falaises hautes de près de 100 mètres.

Deux plateformes de tri fonctionnent en parallèle : l'une en pied de falaise pour le premier tri des matériaux grossiers, l'autre sur le plateau pour le traitement fin. Une grue de 29 mètres de hauteur — 65 mètres de portée, 17 tonnes de capacité — assure les transferts verticaux entre les deux niveaux. Une unité de lavage innovante, fonctionnant en circuit fermé avec 200 m³ d'eau seulement, permet de purifier progressivement les matériaux réutilisables. Un laboratoire installé sur site analyse les déchets en continu pour orienter chaque fraction vers la filière adaptée : réemploi en chantiers de voirie pour les matériaux propres, filières spécialisées pour les déchets résiduels.

Le plateau et les falaises de Dollemard sont classés Natura 2000 et Espace Naturel Sensible, abritant plus de 400 espèces végétales et animales, dont 80 espèces d'oiseaux. Le chantier a donc été conçu pour minimiser son empreinte : implantation sur les zones les moins sensibles, barrières de protection pour la petite faune, habitats de substitution créés hors périmètre, capture et déplacement des reptiles éventuellement piégés. Un suivi scientifique régulier est assuré par la société Écosphère tout au long des travaux.

Quel avenir pour le site de Dollemard ?

À l'issue du chantier, le plateau sera entièrement restauré : haies et fourrés replantés, prairies ensemencées à partir de graines prélevées sur la végétation locale, nichoirs et gîtes à chauves-souris installés dans certains anciens blockhaus. La colonisation naturelle des falaises sera suivie par des experts pour s'assurer d'une évolution satisfaisante des milieux.

Le parc des falaises du Havre pourra alors s'étendre vers le nord, jusqu'à Octeville-sur-mer, en prolongeant le sentier du littoral et en ouvrant l'accès à de nouveaux itinéraires de randonnée à travers le Pays de Caux.

L'essentiel à retenir

  • 2021 : chantier pilote
  • 2025 : préparation et installation
  • 2026 - 2028 : terrassement et traitement de la zone centrale (phase 1)
  • À partir de 2028 : traitement de la zone nord (phase 2), sous réserve de financement

Le budget de la phase 1 s'élève à 37,3 M€, financés par l'État (22 M€), la Ville du Havre (12,2 M€) et la Région Normandie (3,1 M€).

La phase 2 est estimée à 15,7 M€ supplémentaires, soumis à financement.

Une trentaine de personnes travaillent sur site en pic d'activité, issues d'une vingtaine d'entreprises spécialisées : cordistes, pyrotechniciens, techniciens amiante, conducteurs d'engins, écologues, ingénieurs laboratoire.

Le groupement est piloté par Tersen (mandataire), avec notamment Colas, Bouygues Travaux Publics, Solrem, Ginger et Écosphère.

Nettoyage des anciennes décharges de Dollemard

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